Soumission à dieu !

Nous entendons régulièrement parler de privatisation, particulièrement depuis le printemps 2003 alors que le parti libéral du Québec, sous la direction de M. Jean Charest, accédait au pouvoir. Privatisation par-ci, privatisation par-là, il semble que l’air du temps est saturé de ce parfum à la mode… Oui, mais à la mode pour qui? Qui profite vraiment des transferts de services traditionnellement offerts par l’État à l’entreprise privée? Qui a intérêt à voir se démanteler ce qui relève du Bien commun et non de l’intérêt particulier? Au nom de quoi s’entête-t-on à emprunter la route des privatisations?

Bien sûr, le gouvernement parle plutôt de partenariat public-privé, mais la logique à l’œuvre est essentiellement celle des privatisations. Dans cette perspective, il n’est pas innocent de savoir que cette dynamique s’inscrit dans le cadre de l’idéologie néolibérale qui peut se comprendre autour des trois axes fondamentaux suivants : la libéralisation; la déréglementation et la privatisation. À cet égard, dans son livre Le bien commun, Ricardo Petrella parle alors de la « Sainte-Trinité du dieu marché. Pourquoi faire appel à un langage de type religieux lorsqu’il est question d’économie? À mon point de vue, il est non seulement possible, mais éclairant de faire une lecture religiologique de la réalité économique actuelle.

Disons d’abord que l’être humain a une disposition évidente à se fabriquer des dieux. C’est-à-dire qu’il va absolutiser un aspect ou l’autre de la réalité et s’y soumettre aveuglément sans distance critique. Ça peut être le pouvoir, l’argent, la sécurité nationale, le corps, l’individualisme, le sexe, mais aussi le marché. Une fois absolutiser, l’aspect de la réalité transformée en chose sacré, c’est-à-dire en un dieu, devient un intouchable qu’on ne peut pas remettre en question ni critiquer sans passer pour gauchiste et ennemis du progrès. C’est ainsi que Petrella va parler du dieu marché. Une fois transformer en absolu on a attribué au nouveau dieu marché des fantasmes d’autorégulation comme s’il se suffisait à lui-même et que personne ne contribue à son fonctionnement. Ainsi, l’adhésion aux prétendues vertus du marché devient un acte de foi de type religieux et les convertis se transforment en dépositaire de vérités révélées par le dieu marché. Il devient particulièrement difficile de pouvoir entrer en dialogue avec les disciples du dieu marché, qui, du fait qu’ils connaissent la vérité, sont convaincus de posséder une lucidité d’esprit qui disqualifie les personnes qui ne pensent pas comme eux. En fait, il s’agit plutôt d’une soumission aveugle au dieu.

Puisque la logique de privatisation découle de l’enseignement idéologique du dieu marché elle passe pour incontournable et inéluctable. D’où la nécessité de déconstruire la logique néolibérale pour en dévoiler les véritables rouages et éveiller l’esprit critique. Seule une intelligence libre, si elle peut véritablement l’être, peut oser remettre en question ce qui s’impose comme la norme et apparaît, de ce fait, incontestable. D’où aussi l’importance de poser des questions comme celles que j’ai formulées au premier paragraphe de ce texte.

Avant tout, l’entreprise privée vise essentiellement le profit. Dans la perspective néolibérale, nous devons plutôt parler de maximisation des profits. Dans cette foulée, le privée à tout intérêt à voir se transformer en marchandise des secteurs qui jusque-là ne lui étaient pas dévolus. La santé, l’éducation, l’eau constituent une manne potentielle de profits mirobolants pour le secteur privé. Les grandes Corporations salivent d'emblée et pressent les gouvernements d’assurer l’accès à cette manne. Ainsi, au nom de la libre entreprise, de la compétitivité, de la croissance économique, c’est-à-dire au nom du dieu marché, nous voyons nos dirigeants mettent la hache dans l’appareil étatique en sabrant dans les programmes sociaux, dans les mesures de protection environnementales et en dilapidant ce qui relève du Bien commun et cela au profit du secteur privé. Comment le Bien de tous et de toutes peut-il être remis entre les mains de quelques-uns qui se préoccupent avant tout de leur profit? C’est pourquoi il nous faut dénoncer, résister à cette logique qui nous dépossède et nous appauvris tous et toutes. Il faut dire non à la soumission à dieu pour pouvoir dire un jour : soumission adieu.

Nelson Tardif

Ce texte de réflexion est originalement paru dans la publication suivante :

* Bulletin de liaison du CPRF, no. 85 (juin 2006), p. 4.

Il a également été publié à l'adresse suivante Vers une éco-économie

 

L’expression créatrice

La créativité prend diverses formes selon les époques, les cultures, les modes d’expression. Ses visages sont multiples et permettent un large éventail de réalisation inventive. L’écriture est l’une des voies du déploiement extraordinaire de l’expression créatrice. Elle permet de se dire, de dire, de partager des savoirs, des expériences, d’inventer des mondes, de contester, de proposer, de « poétiser » le monde et plus encore. Tous les modes d’expression créatrice sont à la fois sublimes et incomplets. Ils se répondent l’un l’autre, ils se complètent.